Mon pere.

Je me demande parfois pourquoi j’écris mais surtout, pour qui. J’étale ces mots les uns à coté des autres, alors ils se racontent des secrets ou ils se disputent. Les uns au dessus des autres, ils s’écrasent ou ils font l’amour. Les uns contre les autres, ils se contredisent, ils refusent. Les uns collés aux autres, ils se font des calins, et s’enlacent pour se sentir moins seuls la nuit.
Je me demande pourquoi je passe mon temps à écrire, pourquoi je perds des heures à raconter des histoires que personne n’apprécie, pas même moi parfois, je l’avoue, pourquoi je décris des paysages tout à fait classiques au point de ne plus attirer l’attention des passants, et pourquoi je confie mes aventures amoureuses, qui ne sont probablement pas des aventures, et qui ressemblent aux histoires de tout le monde. Pourquoi j’écris, alors que je suis toujours en retard, pourquoi j’écris, puisque le téléphone sonne et personne ne répond (encore!), pourquoi j’écris ces mots naifs qui rougissent encore au “je t’aime” de ce garcon trop fier alors que je n’ai pas encore compris mon arrêt (franchement ya que moi pour pas comprendre), pourquoi j’écris alors qu’il est 3 heures du mat, que j’ai des cernes et que je n’ai pas bien dormi hier. Pourquoi j’écris?
La verité?
J’écris pour toi. J’écris pour la personne qui ne pourra jamais comprendre ce qui se cache derrière chaque lettre qui porte mes larmes, mes cris, mes rires et mes peurs. J’écris pour celui qui ne pourra jamais savoir combien je suis heureuse quand il me parle, j’écris pour celui qui me fait vivre d’amour, j’écris pour l’homme que j’admire, que j’écoute beaucoup plus que les autres, -est-il le seul que j’écoute?-, à qui je vole chaque mot, celui que je fixe du regard au point de le perturber, celui que j’ai peur de blesser, celui qui me fait trembler de maladresse alors qu’il est tendre comme tout, celui qui me fait rougir alors que ses yeux brillent de compréhension…
J’écris pour la seule personne qui ne lira jamais mes vers, pour celle que je ne saurai jamais faire pleurer par mes histoires, pour celle que je ne pourrai jamais faire rire par un mot rigolo, pour celle que je n’aurai jamais la chance d’impressionner par mes belles phrases, pour celle qui ne me donnera pas l’honneur de la convaincre par les grands mots dont je ne connais pas le sens, souvent.
J’écris pour toi. J’aurais tellement aimé que tu puisses me comprendre, toi qui comptes tellement pour moi. J’aurais voulu te l’exprimer, te dire combien je t’aime par des tonnes et des tonnes d’expressions sincères, mais je ne puis le faire autrement, je ne puis utiliser une langue qui m’est distante. J’écris pour toi et je te lis ce que j’écris. Je regarde tes yeux, parce que quand je lis pour toi, les mots viennent seuls, et le papier ne sert plus qu’à occuper mes mains. Je fixe tes yeux aussi longtemps que je puisse le faire, car quelques secondes plus tard, mes larmes m’empêchent de distinguer tes traits. Je te regarde, et je vois comment tu m’écoutes. Je vois que tu écoutes chaque mot, que tu te concentres sur ma bouche qui prononce les syllabes, sur mes yeux qui expriment ce que je dévoile, sur mes joues qui rougissent parfois à cause de parties impudiques, sur une mèche de cheveux qui vient me couvrir le visage. Tu m’écoutes différemment. Non, pas comme les autres. Eux, ils écoutent, ils ne comprennent rien. Ils entendent. Ils sont très intelligents pour mes contes d’enfants, très sérieux pour un moment sans importance, trop profonds pour comprendre les choses “à la surface” que j’aime tant et qui font ma vie. Je te regarde, je te lis mon histoire, et tu comprends, toi qui ne comprends pas le francais. Je te lis mais c’est toi qui me racontes des mystères. Tu me racontes ma prochaine histoire. C’est dans tes yeux que je lis ce que plus tard j’écris. Tu me dis que tu écoutes la musique de mes mots, et je sais que tu comprends tout. Tu me dis que ma voix exprime tout, même avec un vocabulaire qui t’est étranger. Tu m’expliques. Alors pour qui, pourquoi j’écris? J’écris pour toi, pour te plaire.
Je ne réfléchis pas. D’ailleurs, si je le faisais, tout serait maladroit. J’écris seulement ce que ton coeur raconte au mien, dans le silence que tous trouvent pesant. Tous, sauf nous. Ils se sont trop approfondis pour apprécier ces moments, et c’est dommage. J’écris pour toi, tu ne sais pas que je t’ai toujours dédié mes poèmes, mes histoires, mes nouvelles, mon journal, ce livre que je n’ai jamais fini et mes chansons sans musique. Certaines chansons contiennent un rythme et font danser… sans instruments.
Tu me dis tout le temps qu’un jour je serai écrivain. Je te le jure, à ces moments-là, je suis sans aucun doute La plus heureuse sur terre. Autour de moi, je n’ose pas avouer mon rêve. Je le garde pour moi. On l’avait trouvé amusant et on s’était moqué de moi tout en me conseillant gentiment d’opter pour quelquechose de plus réaliste. Ca m’a découragée, et j’ai lâché un moment. Alors toi, qui ne sais pas ce que j’écrivais pendant mes cours de physique, qui ne comprends pas ce que contenait mes lettres d’amour, qui n’arrive pas à déchiffrer mes trésors, ceux dans lesquels je me perds souvent très tard dans la nuit, tu m’as dit qu’un jour je serai très célèbre et que j’écrirai un livre, que je réaliserai mon rêve. Alors, j’ai rattrapé ce que j’avais plus tot lâché, avant qu’il ne soit trop tard. Mais je ne veux pas te décevoir, j’écris comme tout le monde, et ce que tu espères pour moi, ce que tu anticipes, est trop beau pour être vrai. Je te remercie de croire en moi, et de m’avoir appris qu’on ne lit qu’avec le coeur, qu’on ne comprend qu’avec les yeux et qu’il n’existe de langage autre que celui de l’âme. J’essayerai de ne pas te décevoir, j’écrirai, parce que ca te plait, je te les lirai aussi, juste pour admirer tes yeux, je les chanterai pour te faire rire, je les chuchoterai pour te faire sourire, je les crierai pour que tu les retiennes, et à travers toi, je saurai que j’écris juste, que j’écris bien, que j’écris vrai, parce que ca me suffit que tu m’écoutes.
Et si un jour mon rêve se réalise- je crois aux rêves et je ne veux point être réaliste-, tu seras le premier à écouter mon histoire, la tienne en fait, tu seras le premier à avoir mon livre, ce livre que j’appellerai “Mon père”.

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One response to “Mon pere.

  1. alor qu’il en soit ainsi… le réalisme? c’est un des rare mot que je n’aime pas… tout comme “impossible”… ces mots là ne servent tout au plus que d’excuse aux gens qui renoncent… et si je sait une chose de toi, c’est que tu n’en fait pas partie… crois en tes reves… et ne laisse personne t’en détourné sous pretexte de réalisme ou d’impossible…

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