Une femme, un homme.

J’aurais très bien pu commencer par “c’était une femme belle comme le soleil, c’était un homme hors du commun” mais cette fois je n’ai pas envie d’embellir la vie. Je la vois comme elle est, je n’ai pas envie de rêver. C’était tout simplement une femme d’une beauté moyenne, vieillie par les jours, par les déceptions, par la fatigue du travail quotidien, qui garde dans ses yeux la lumière de sa jeunesse et sur ses lèvres le sourire de ses 20 ans. C’était tout simplement un homme. Et cet homme se voulait fort et décidé, il essayait de dissimuler par ses yeux gris l’incertitude et la peur de l’avenir. Ils ne se sont pas rencontrés dans un jardin ensoleillé, un beau jour de printemps, alors qu’elle écrivait ses jours heureux, alors qu’il peignait la lumière du monde. Ils se sont rencontrés par hasard, dans le chaos de la rue, à un moment où leurs pas pressés s’étaient ralentis un instant. Ils se sont rencontrés sur le croisement de leurs légendes alors qu’ils se dirigeaient vers deux destinations contraires. Ils s’arrêtèrent, échangèrent un regard complice qui en dit long, un regard compréhensif qui disait “j’ai tout vécu, comme toi, j’ai beaucoup vécu”. Ils marchèrent ensemble sur un trottoir trop utilisé par des passants très occupés, qui ne font que courir, qui ne font que bousculer le monde, alors qu’ils pourraient le tenir entre leurs mains. Ils marchèrent loin, très loin, n’échangèrent pas un mot. Leurs yeux parlaient. Elle recevait des coups de fil de son bureau, qui d’habitude rythmaient la cadence de ses pas, elle recevait des appels de ses enfants de retour de l’école, elle avait des factures non payées, des projets à rendre et sa tête ne pouvait contenir un soupir de plus. Elle avait décidé de se reposer un instant. Il était en retard, beaucoup plus que d’habitude, il avait tant de choses à faire, tant de comptes à rendre. Le temps n’était jamais suffisant, et le matin aggravait toujours la situation. Il avait décidé de fermer les yeux un instant. Coordination temporelle ou destin pur, ils ne le savent toujours pas. La nuit était tombée, un ciel noir, sans étoiles. Dans le silence pesant d’une vie plus rapide que leurs efforts fous, ils se sont aimés, mettant de coté leurs existences monotones. Ils se comprenaient, et leurs gestes dessinaient leurs peines, leurs soucis, leurs projets d’adolescence râtés et leurs rêves de jadis aujourd’hui évaporés. Leurs caresses faisaient mal, comme la vie qui passe, et qui les écrase en passant. Ca leur faisait pour une fois du bien. Quelques heures plus tard, elle quitta. Elle devait se rendre au bureau. Il sortit au balcon fumer une cigarette. On aurait pu croire qu’il contemplait la profondeur de la nuit, qu’il se rappelait la chaleur de leurs étreintes, qu’il s’imaginait la suite. En fait, il ne pensait qu’au balcon, qu’à la cigarette. Et c’est la vie.

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