Et la tristesse vient bien apres…

Flaubert a écrit : « prenez garde à la tristesse, c’est un vice ». Il écrit ce que pense le monde, il le fait sourire, il atteint son cœur, il le persuade, il le conquiert. Un grand écrivain est celui qui écrit ce que les autres pensent tout bas. C’est celui qui permet à ses lecteurs de s’identifier à ses paroles, qui leur dit que comme eux, il a été triste, comme eux il a souffert, il a aime et comme eux il vit. Un grand écrivain volent pensées et sentiments pour les partager et en faire une propriété collective. Et Flaubert n’aimait pas la tristesse, parce qu’il faisait partie du monde. Il écrit plus encore, il écrit mieux, dépasse le stade de la tristesse, transcende les blessures du cœur et de l’esprit, et dévoile la plus grande misère de l’Homme qui est son incapacité à saisir le moment, à vivre l’instant, à savourer le présent. Il l’écrit comme on n’oserait le penser, il n’écrit que pour dire la vérité: “L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe”. C’est ainsi que par des mots simples, il nous fait comprendre, nous lecteurs toujours débutants, la réalité, la vérité, le monde, ses laideurs et sa beauté. Il n’y a rien de mieux que la simplicité pour convaincre, et c’est le seul moyen d’avoir le plus grand public. Ecrire de façon compliquée l’aurait rendu peut-être plus admirable mais surtout moins compris. Et le but d’un écrivain n’est que de faire parvenir ses idées. Flaubert était donc un grand homme. Dire que c’était un homme de lettres aurait suffit. Et il a réalisé le danger de la tristesse destructrice. Mais il a oublié que le plus grand vice de tous n’était pas la tristesse. Loin de là.

J’ai découvert que le plus grand vice de tous les vices était la gentillesse. Oui, la gentillesse. Certaines personnes ne peuvent qu’être gentilles. Elles ne savent pas agir autrement. Elles pensent –à raison d’ailleurs- qu’il n’y a rien de plus facile qu’un sourire au visage, elles disent merci, bonjour, de rien et à bientôt sans aucun complexe. Elles ont un fort caractère qui leur permet d’être proches des gens qu’elles rencontrent. Convaincues qu’elles agissent de la bonne manière, évitant constamment les problèmes quelconques même avant leur naissance, elles se croient à l’abri du danger. J’ai cherché à savoir d’où venait cette force que détiennent certains chanceux. J’ai compris qu’elle venait de l’amour, du bonheur, de la paix, de la compréhension, de la confiance en soi et de la douceur. On ne peut être gentil que si on est assez fort pour se passer de l’agressivité. Ce sont les plus forts qui sont les plus gentils. Ils n’ont pas besoin de se protéger. Les gentils sont souvent des personnes ayant très bien réussi. Elles n’ont pas à combattre et ne se sentent pas menacées par autrui. Elles se laissent apprivoiser, elles approchent les autres, sachant que le monde extérieur ne présente aucun danger, aucune concurrence. Elles sont en quelque sorte placées à un niveau intellectuel supérieur qui leur permet d’aimer. Leur gentillesse est improvisée. Jamais préparée. Elle brille de sincérité. Elle fait bien plus de bruit que ceux qui essayent de gagner par la force. Tout leur pouvoir réside dans l’éclat de leurs yeux. Et ils réussissent en douceur, alors que les autres sont occupés par le bruit et ne remarquent pas leur succès continu. Ils le remarqueront plus tard. Mais la gentillesse aura déjà emporté la partie. Doucement. Lentement. Sûrement. Et leurs adversaires diront un à un, déçus et surpris : “je ne savais pas qu’il était bien plus difficile de combattre la gentillesse que la méchanceté”.

La gentillesse, souvent, si excessive, est un vice. Et quand la gentillesse est un vice, elle est le plus grand vice des vices. La personne atteinte de la gentillesse excessive laisse passer certaines choses auxquelles elle devrait s’opposer énergétiquement, elle se fait même marcher sur les pieds. C’est alors que naît la confusion entre la bêtise, la gentillesse et l’indifférence démesurée. Croyant être insaisissable, elle se moque de ceux qui tentent de la blesser, les laisse faire et continue son chemin avec le même sourire qu’elle adresse aussi bien à ses amis qu’à ceux qui se considèrent fièrement ses ennemis. Des ennemis, elle n’en a pas. Pour en avoir, elle devait trouver des personnes dignes de l’etre: des personnes qui lui ressemblent. Hormis ses amis, tout le monde est à un même pied d’égalité, et personne ne saurait –ou même ne pourrait- perturber sa vie. Bien sur, elle est heureuse. Elle pense avoir trouve tout le bonheur possible en étant imperméable, mais elle oublie que ceux qui la côtoient ne sont pas comme elle honnêtes, ils n’ont pas comme elle une existence propre et c’est la sienne qu’ils tenteront de voler, alors qu’elle plonge naïvement dans une de ses illusions trop idéalistes. Elle fait confiance à la mer, ferme les yeux pour se faire bercer par ses vagues. Mais celles-ci la rejettent sur une île déserte, après s’être assurées que ses yeux étaient bien clos et son corps bien reposé sous le soleil. Elle a cru le blanc de la neige. Elle s’est dit qu’on ne peut rien cacher quand on est si beau, si grand. Elle s’est promenée sur les pages vides de la tranquillité. Elle n’a pas senti le besoin d’y marquer ses mots. Mais dans la neige elle s’est enfoncée. Et tout le monde, bien sur appréciait sa gentillesse. Tout le monde l’appréciait parce que tout le monde en profitait.

Elle a tiré la leçon qu’elle ne pouvait apprendre que de sa propre bêtise. Elle a compris que pour mériter la gentillesse il faut être à la hauteur. Que les faibles ne peuvent la supporter. Que les personnes fragiles ne savent l’affronter. Qu’elle est difficile à gérer quand on est habitué à se battre. Et elle ne savait pas grand-chose à la vie. Elle les comprenait si bien aujourd’hui. Elle comprenait ses autres qui n’étaient pas habitués à la douceur et qui y voient un appel à la défense. Mais elle a oublié, elle, de se protéger. Heureusement qu’il y a certains de ses amis qui le font pour elle. Ceux qui ont découvert, bien plus tôt, une vérité qui lui est difficile à admettre.

La gentillesse est certes une qualité. Et ne cesse de l’etre qu’après un certain seuil dépassé. Excuse-moi Flaubert, mais j’ai découvert un vice que tu n’as su remarquer. Et la tristesse, crois-moi, vient bien après.

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5 Comments

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5 responses to “Et la tristesse vient bien apres…

  1. bonjour,Juste un petit mot d’encouragement. J’ai découvert votre blog récemment et je trouve que ce que vous écrivez est à la fois grave mais rafraîchissant. Je trouve cela très agréable à lire et vous découvrir est un véritable ravissement. Continuez, je vous en prie, à égayer mes journées par vos articles, vous qui semblez si merveilleuse.Au plaisir de vous lire.Sincèrement.Riga (richard-gay@hotmail.fr)

  2. Salut,Vous pensez peut-etre avoir juste laisse un commentaire sur un site que vous avez decouvert par hasard.Mais vous avez fait bien plus. Votre mot a ete ma bouffee d’oxygene apres une journee tres fatigante. Je vous en remercie.Sincerement,Karen.

  3. ciao bella… je suis désolé de t’avoir délaissée ne serai-ce que quelque jours… mais quel plaisir de retrouvé cette douce lucidité, tellement sincere qui colle a ce que tu écrit… comme d’habitude… Baudelaire a écrit un jour: “Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.” Je croi qu’il parlai de cet endroi dans lequel je me retrouve inévitablement a chaque fois que je te lis…

  4. j’aimerai dire plus jamais… mais je ne suis pas sure de pouvoire le faire… alor je v dire que je ne serai jamais tres loin… et que si je te laisse , ce n’est que contre ma volonté…

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