Un bout de vie

– Allo ?
– Bonjour petite. Ca va ?
– Pas vraiment. Et toi ?
– Non plus… Tu m’as beaucoup manquée tu sais…
– Pas toi.
– J’adore quand tu mens.
– …
– Comment tu passes tes journées ?
– A la fac. J’avais un examen aujourd’hui.
– Comment t’as fait ?
– Pas mal. Sauf que ma copie va ressembler à toutes les autres. J’aurais dû y mettre une touche personnelle.
– Je suis sûr que tu as très bien fait. Tu doutes de toi. Comme tu as douté, un jour, de moi.
– Encore faut-il que le prof, lui, en soit sûr. Quant à toi, c’est une vieille histoire…
– Tu sors avec quelqu’un ?
– Oui…
– Je suis sûr qu’il est fou de toi.
– Pas moi…
– Parle-moi de lui.
– J’écoutais le cd que tu m’as offert.
– Pourquoi tu changes toujours de sujet ? laisse-toi faire…
– C’est bizarre… Tu avais choisi des chansons tristes. Comme si tu savais déjà que…
– Arrête. N’en parlons plus. Tu l’as dit. C’est une vieille histoire.
– Il y a « Adieu », « ne me parlez plus d’elle », « l’encre de tes yeux », « je viens pas te parler d’amour »…
– Oui. je savais…
– …
– Tu es où ?
– En voiture… Je rentre chez moi.
– Passe par moi. C’est sur ta route. Passe par moi.
– Non. Je ne passe plus par là-bas. C’est une route triste. Une route qui parle de nous. Une route qui nous a connus. Une route qui sait trop. Une route que j’évite. Une route qui mène vers toi. Une route qui nous a vus mourir. Elle me provoque souvent. Elle m’appelle. Je vais vers elle. Presque sans le vouloir. J’y vais à chaque fois que je pense à toi. Quand je réalise où je suis, il est trop tard. Je reste quelques instants. Mais je finis toujours par faire demi-tour. C’est dur d’affronter le passé. C’est dur d’admettre le présent. Dur d’imaginer un avenir. Notre passé, quant à lui, je l’aime.
– Fais-en un présent.
– Tu sais que c’est impossible…
– Oui, je sais.
– Je regarde parfois la mer. Je sens que tu y habites. Je pose ma main sur la vitre pour la caresser. Mais elle joue l’inaccessible. Je regarde. Pas pour longtemps. J’ai peur de m’y perdre. Je regarde du coin de l’œil la route qui s’étale devant moi. Je sais que c’est celle qui me convient. Je lui en veux d’être parfaite. Je lui en veux d’être raisonnable. Je regarde de côté. De côté, la tentation. De côté l’interdit. Mais je me retiens. Faut pas que je succombe. Je déteste les vagues, ces couleurs sauvages qui se veulent si douces, je déteste la perfection du paysage, son harmonie avec une musique que je n’arrive pas à chasser de ma tête, je déteste la force, celle qu’il me faut repousser…
– Décidément, tu ne changeras jamais…
– …
– …
– Bon, je te laisse. On s’appelle ?
– Oui on s’appelle. On s’appelle peut-être.
– Peut-être ?
– Je vais te laisser vivre ta vie.
– Et toi, tu vas vivre la tienne ?
– Je fais de mon mieux.
– J’aurais voulu que tu me retiennes.
– Tu dis toujours ça. Mais tu finis par fermer les yeux.
– C’est vrai. J’ai toujours eu peur. Peur de toi. Des autres. De la vie. De l’amour.
– On sera ensemble. Un jour.
– Tu crois ?
– J’en suis sûr. Tu es à moi.
– Ne dis pas ça. Je ne veux pas d’un amour possessif.
– Tu le préfères fugitif ?
– Non. Différent. C’est tout.
– Fais attention à toi.
– Toi aussi. Est-ce encore un adieu ?
– Plutôt un au revoir.
– Tu deviens tellement prévisible…
– C’est possible.
– …
– Allo ?

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