A mes deux parisiennes

Juillet. Je pars seule. Je ne sais pas ce qui m’attend. Mon mec part pour Dubaï et moi pour Paris. 7 heures de vol pour partir chez lui. 0 heure car je sais que je ne pourrai pas y aller. 2 heures de décalage horaire. Internet pour nous sauver.
Derrière mon ordi, je fais des recherches qui n’aboutissent pas. A part dans le code civil, je ne sais pas où chercher, comment rédiger des conclusions et si leur méthode est différente de celle que j’ai apprise à la faculté de droit de Beyrouth.
Autour de moi, les visages sont très peu réconfortants. Ils semblent être pourtant confortables en la matière. J’utilise mes lunettes pour faire sérieuse. Je me dis qu’à force de faire semblant, je le deviendrais peut-être pour de vrai.
Un calme absolu. Des papiers qui s’entassent. Des marqueurs qui se vident. Des photocopieuses qui ne prennent aucune minute de repos. Des livres trop utilisés. Et une bibliothèque snobe ordonnée de manière alphabétique, chronologique, bref, trop compliquée.
Je n’ose pas poser des questions. Pas encore. Ils ne savent pas que chez moi, on m’appelle mademoiselle pourquoi. Et je tiens à ne pas le faire savoir. Pas encore. Je me débrouille. Pas vraiment. J’envoie des messages appelant au secours à des amis plus médiocres que moi. Et puis résonne une voix dynamique et heureuse dans le couloir. Une voix qui se marie difficilement avec le sérieux pesant d’un environnement juridique. La voix se rapproche. Elise. Elle s’appelle Elise. Elle m’ouvre son code civil et me demande de lui trouver les articles de loi concernant le bail. Elle ne veut pas donner mauvaise impression la première semaine. Comme moi. Et c’est comme ça que ça a commencé. Je n’ai pas su finir mon travail. Mais le sien m’était familier. Et puis ensemble, on a déjeuné.
L’autre, c’est Alix. Elle a eu une mauvaise première expérience et a quitté le cabinet de son premier stage pour atterrir au même endroit que moi. Elle ne parle pas beaucoup et me dévisage d’un air bizarre. Elle me dit plus tard qu’elle a été fascinée par ce qu’elle a interprété comme un sérieux exagéré avant de comprendre que ce n’était qu’une concentration accrue à des messages que mes amis m’envoyaient. Alix est trop réservée mais il a suffi que l’on discute quelques fois pour que l’on découvre des passions communes pour des choses que j’éviterai de mentionner.
Et mon stage s’est ainsi transformé d’un ennui douloureux à un véritable plaisir. Toutes les trois, sur l’avenue, pour des pauses interminables, des conversations dynamiques, des histoires passionnantes, des confidences, du café, des macarons, des déjeuners libanais… Toutes les trois pour parler de Paris, de Beyrouth, de nos amours, nos familles, nos ambitions faisant taire nos consciences qui nous disaient de rentrer et puis courir affolées de tant de retard.
Toutes les trois, pendant trois mois, le temps d’un été. Toutes les trois pour un apprentissage illégal ou du moins non juridique. Il y a eu les sushis, le libanais de la rue d’à côté, le vin chez Alix jusqu’au matin et le retour chez moi à pieds pour avoir raté le dernier métro, l’escapade du bureau sous la pluie pour une pièce de lingerie et revenir trempées jusqu’aux os mais penser quand même avoir fait une bonne affaire, le shopping rue de Renne et le passage obligatoire par Zara à chaque pause.
Et puis la séparation. Moi pour le Liban. Elles, pour retrouver chacune ses cours respectifs. Décembre. On s’écrit pour se raconter une soirée affreuse, un projet fou, une discussion anodine, un coup de blues, des yeux charmeurs, un sourire ravageur, une mauvaise note, une nuit blanche et pour se donner rendez-vous dans l’abstrait. On essaie de coordonner nos emplois du temps pour qu’elles puissent venir au Liban. C’est difficile avec les cours, les examens et les vacances. Mais ça viendra. On s’écrit pour imaginer notre prochaine rencontre, les cocktails en happy hour sur saint germain, le trio que l’on formait. Je leur parle de Beyrouth. Elles me parlent. Et dans leurs mots, je retrouve Paris…

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One response to “A mes deux parisiennes

  1. je ne peur qu’apprecier l’ecriture, tu sais depui lontemps mon point de vue quant aux articles sur lesquele je n’ose pas réagire, faute d’en avoir, je pense, le droit… pourtant une question me vien quant au happy hour saint germanoises…. le soubiz ou le bureau? si tu sais de quoi je parle, je regrette de ne pas avoir eu la chance d’y avoir été un de ces soirou le hasard est seule maitre de mes pas, si proche et pourtant commes des inconnus… ciao bella…

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