Dans mon bol de fraises

Il n’y aurait mieux pour remonter le moral que de dévorer un bol de fraises. J’exécute. Je choisis même les plus rouges. Car depuis quelques semaines, ça ne va pas. Du tout même. Ma relation à distance me fait souffrir. Je ne savais pas que ce serait si dur. Le plus dur c’est sans doute de ne pas avoir une date précise de rencontre, un but, un jour j, une destination… Le plus dur c’est cette image qui me vient tout le temps à l’esprit, comme une obsession, l’image que je flotte en l’air, comme un poisson, vers nulle part. Mais les poissons ne flottent pas… Je m’énerve de lui. Comme si c’était sa faute. Je lui reproche de ne pas être là quand je me réveille, quand je pleure, quand je me plains, quand j’échoue, quand je jette mon 9 en commercial à la poubelle pour que personne ne le voit, comme si quelqu’un s’intéressait à moi, comme si ça changeait quelque chose que je n’aie pas réussi. Je lui en veux. Je lui en veux de ne pas savoir que quand je perds mon café le matin, je le retrouve toujours dans l’armoire, que je parle seule en voiture, que je pense à lui en cours et que j’ai déjà planifié nos vacances de 2012. Puis je me dis que j’ai choisi cette relation, qu’il ne m’a pas obligée, qu’il fait de son mieux, qu’il n’a pas choisi et que je ne pourrais vivre sans lui, que je l’aime, non, que je l’adore, qu’il est ma vie, ma chance… Alors je lui envoie un message qui dit je t’aime, suivi de sourires artificiels qui ne transmettent même pas la réalité, un peu pour lui dire que ça va aller…
Et puis c’est l’avenir qui me tue. La fac à laquelle j’aspirais le plus pour mon master m’a envoyé sa réponse qu’elle a rédigée avec soin. En voyant la longueur du message, j’étais sûre d’y lire un oui. C’est en mangeant mes fraises, que je compris une carence de qualifications de mon côté et un orgueil accru de l’autre… L’incertitude. Encore. Une incertitude que je déteste et que je laisse me dévorer.
Je ne crois pas que les fraises remontent vraiment le moral. Et j’en ai mangé des kilos. En plus, ce n’est même pas la saison. Alors je mange à la cuillère dans un bol de nutella que je hais d’avance et que je regrette avant même de commencer. Un souci de plus, parmi les autres, un souci aussi superficiel peut-être, mais tellement réel que je ne puis ignorer.
Il me promet de venir le week-end prochain. Ca ne sera rien que nous deux dit-il. Et moi je pense à aéroport-aéroport détestant l’entre-deux qui impliquera obligations de famille, soirées entre amis et adieu ma chérie…
Mes amis m’appellent. A chaque sonnerie, mon cœur bat fort. Je ne sais plus quoi inventer pour pouvoir passer la soirée en solo. Je n’ai pas envie de faire la conversation, d’être attentive, de donner des conseils et de les entendre dire que je suis chanceuse et que tout est parfait dans ma vie. Je n’ai pas envie de les contre-dire non plus. Je n’ai jamais pensé que les autres sauraient résoudre mes problèmes. Je les entends deja me demander comment je fais pour etre ce que je suis, pour avoir un homme merveilleux et reussir a la fac… Je m’entends deja repondre: je pleure la nuit…
L’une de mes amies m’en veut le plus. Elle dit que je n’ai jamais de temps pour elle. Elle veut qu’on prenne un café pour qu’elle me raconte l’évolution d’une relation particulière. Et j’ai hâte. Seulement, je ne veux pas qu’elle me voie dans cet état. Pas encore. Du moins, pas pour le moment. Je veux que ça passe.
Hier, il faisait froid. J’ai mis l’anorak le plus affreux en cours. Ca ne me ressemble pas. Mais je m’en fous. J’avais froid. Surtout de l’intérieur…
Pourtant, il y a certains moments que j’apprécie. Ces petits moments non planifiés entre deux cours. Sans rien se dire, on se retrouve à la même place, un banc qu’on s’est approprié. On se dit rien, on se dit tout, on s’échange des recettes de cuisine, des idées de cadeaux, on critique les gens à la fac, les toilettes, les profs, les notes, la vie, on partage les mêmes mauvaises manies et on parle d’avenirs même pas en croquis.
Son mec est là. Il l’attend à déjeuner. Hier, il a cuisiné pour la première fois. C’etait du chinois. La cuisine. Il a même dressé la table et fait de son mieux pour rendre le décor romantique. Elle me raconte, la lumière aux yeux. Je suis contente pour elle.
Et moi, je plonge dans mon bol de fraises …

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