Ma cause justificative

Cadence. Rythme. Périodes. J’aime bien ce découpage artificiel de la vie, ces frontières imaginaires mais tellement utiles, cette organisation personnelle qui vise à être le plus productif possible. Depuis que je l’ai rencontré, il constitue l’axe principal autour duquel j’organise tout ce qui reste. Il y a lui, la catégorie principale, et tout le reste, ce que j’aime appeler les catégories résiduelles, celles qui constituaient, avant, mes priorités, et celles que j’ai rabaissé au rang de résidu.
Ma théorie, aussi, je l’ai rangée de côté. La liberté, pour moi, était celle d’être dénudé de ses sentiments. Quand on est indifférent à l’égard de tous et de tout, on peut mieux réussir sa vie car l’on agit alors et seulement abstraction faite des émotions. On agit alors et seulement… raisonnablement. Car les maux du cœur retardent souvent les projets les plus sérieux tandis que les passions amoureuses font oublier les devoirs les plus impératifs…
Et puis un jour… on aime. On aime alors que l’on s’était juré d’être au-delà de cette faiblesse du cœur, alors qu’on s’était jugé trop occupé pour vivre des aventures volatiles, alors qu’on avait des soucis qui exigeaient un travail à plein temps.
On aime… et on fait des projets à deux.
L’amour réciproque est un heureux évènement. On le croit fictif jusqu’à ce qu’on le reçoit comme un coup de poing sur la face. Et la réalité dépasse alors les créations les plus absurdes de l’esprit.
Heureux certes… Mais accompagné de deux sentiments aussi forts en intensité mais beaucoup plus amers : la tristesse de la séparation et la peur de perdre cet amour.
On se fait confiance, on se promet amour éternel, on se dit partenaires à jamais… Mais l’amour peut-il défier l’imprévisibilité de la vie, la vulnérabilité de l’espèce humaine, la force du temps, les rides de la vieillesse, les risques de maladie, l’absence prolongée, la distance insupportable ?
On s’aime tellement que l’on déclare la guerre à tous ces évènements futurs et extérieurs susceptibles d’affecter cet amour. On s’aime. Et on adopte l’amour comme cause justificative de tout crime contre l’humanité.

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