En solo

Le week-end s’annonce merveilleux. Beau temps, mauvais temps, peu importe. Tenues dénudées du soir et jeans délavés du jour sont tous rangés. Je m’apprête à une soirée d’oisiveté nécessaire dans mon beau canapé usé et désuet à regarder ma série préférée. Il est un temps pour ça. Et je compte bien en profiter.
Je range mes livres, mets mon téléphone en mode silencieux, plie et déplie mes jambes jusqu’à trouver la position la plus confortable et attends avec une impatience d’enfant que commence le spectacle. Je connais par cœur le scénario, les péripéties, les robes de Carrie et les endroits branchés de la série. Mais je n’en ai jamais assez. Et puis j’ai simplement envie d’être seule.
Au menu, pop-corn, coca light et m&ms à volonté. Un peu de défoulement de temps en temps ne peut que faire du bien. J’arrive à peine à croire comment j’ai pu organiser ma soirée. Trouver le temps d’en perdre entre deux examens, s’arranger pour qu’il n’y ait aucune sortie trop tentante et prendre la meilleure place sur le canapé, plutôt rêver ! Et je rêve.
Une soirée pareille est plus difficile à organiser qu’un verre dans la boîte la plus branchée de la ville. Car elle dépend de facteurs rares qui doivent être synchronisés et d’une résistance solide à toute tentation extérieure.
Ce soir-là, tout semblait se dérouler à merveille. Je décidai même de jouer le jeu en empruntant un regard nouveau face à des scènes qui m’étaient désormais bien plus que familières.
Hélas, mon bonheur ne dura pas très longtemps. Il ne dura que le temps de quelques gorgées. Je compris très vite que ma soirée était ratée.
En effet, on vint se joindre à moi. Et on vint rire trop fort à mon goût. On vint me voler ma soirée de bien-être en compagnie de moi-même. On vint critiquer ce qui était, à mes yeux larmoyant, interdit de critiquer. Je venais de subir une atteinte à ma vie privée. Et, victime de ma politesse, je ne sus protester.
Je sors mes tenues du soir. Je laisse mon coca light et mes pop-corn. J’emporte mes m&ms. Bien sûr, je n’allais pas les laisser. Et je quitte, douloureusement, mon cher canapé. Quand on me regarda partir, d’un regard perdu en quête de compréhension, je ne pus m’empêcher de préciser, mi-hésitante et mi-furieuse, que ces choses-là ne se font qu’en solo.

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