Grand ecart

Juin 2008: il est midi. Et je suis encore au lit. Mon seul souci depuis des mois etait celui de reussir mes examens. J’ai bosse plus dur que d’habitude pour rattraper le temps perdu avec ceux qui n’avaient pas a bosser. Ce matin de juin 2008, je suis toujours au lit. A midi. Parce que j’ai tout fini. Ou presque. Il n’y a plus qu’a attendre les resultats. Et m’occuper au max pour ne pas y penser. Les yeux clos, je cherche d’une main a moitie reveillee un cafe qu’on m’a prepare. Je ne prends pas le temps de songer a la main sensible qui me l’a fait avec amour. La chaleur me guide. Je le retrouve. Je le rapproche de mon nez pour l’humer et laisser l’arome du cafe envahir mon corps repose. Je le bois doucement tout en reflechissant a ma tenue pour la journee. Je vais la passer a la plage, dejeuner avec mes copines et ensuite aller chez le coiffeur pour un brushing bon marche digne d’une belle soiree dans le seul bar de beyrouth. Je prends ma douche, jette mes habits par terre et sort d’un coup, sans soucis majeurs, sans travail domestique, sans penser une seconde a ceux qui le font… pour moi. Tout ce que je sais, c’est qu’a mon retour, tout sera bien range, repasse, parfume. Comme par magie.

Septembre 2008 : il est huit heures. Je suis debout. Car avant de sortir, j’ai la vaisselle a faire, la poussiere, le lit et le rangement quotidiens. Ma main cherche sur la table de nuit un cafe qu’elle ne trouvera pas. Un sourire se dessine sur ma bouche. Un sourire de pitie qui se moque de la fille que j’etais. Je m’habille en vitesse. Mais je ne jette rien sur mon chemin, pour ne pas creer de travail supplementaire. Je vais en cours. A pieds. Je me souviens de ma voiture aussi paresseuse que moi et je lui fais une priere silencieuse. Il est dix huit heures. Mes cours termines, je fais les courses, pour avoir quelque chose a grignoter. Je porte mes sacs et je prends des pauses quand leur lourdeur m’empeche de continuer. Arrivee devant une porte a deux clefs, un tour de magicienne s’impose pour pouvoir entrer. Car il faut inserer les deux clefs en meme temps, tout en faisant gaffe de ne rien faire tomber et de ne pas casser les oeufs dans mon sac a papier. Ma vie change. Et il etait temps de sortir de mes habitudes de libanaise gatee. Je reflechis a cet ecart qui s’est dessine en l’espace de quelques semaines. Et aux sacs qui m’obligent, afin de pouvoir entrer dans ma chambre, pour ouvrir cette porte a double clefs, de reviser mon grand ecart. Je ne veux pas y retourner. Car malgre tout le travail qu’on me faisait et le merci que j’oubliais si souvent (toujours) de prononcer… je me sens enfin reposee.

Merci a tous ceux qui m’ont fait, un jour, mon cafe.
Et mes sinceres excuses aussi…

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