Entre la ville et moi

Je regarde. Je dévore des yeux. Je respire. Plus fort. Un peu pour en humer autant que possible. Je touche. Je goute. Je sens. Mon cœur bat fort. Mais le coeur de la ville beaucoup, beaucoup plus fort. La foule me prend a droite, puis a gauche… elle me prend ou elle veut, ou elle va, ou elle ne sait pas…
Je marche… je ne sais ou. Rien ne m’est connu et pourtant rien ne me semble si étranger. Tout m’indiffère mais en même temps une sorte de pesanteur me serre comme trop possessive pour me lâcher…
Craignant le moment de la rupture, je prends des photos pour prouver que ma relation a un jour existe et que mes sens disaient la vérité… je prends des photos de tout, des immeubles trop moches de vanité, aux passants trop bien habilles, au ciel bleu annonçant l’été, aux avenues trop larges pour me sentir passer…
Tête en l’air d’habitude et encore plus dans cette foire qui m’effraie autant qu’elle m’intimide, je perds ma camera, mes photos, mes souvenirs, mes aventures, mes découvertes, mes coups de cœur, mes coups d’amour, mes coups de folie…
Je ne puis empêcher mes larmes et je me sentis ridicule dans cette ville qui a vu beaucoup de filles pleurer avant moi et qui s’en fout de ma petite camera … Je pleure davantage en pensant que tous ces passants ne se soucient guère de mes trésors digitaux. Je pense a la soirée d’hier, aux photos que je voulais “naturelles”, a celle prise avec mon cousin que je ne vais plus voir avant longtemps, aux choses que j’ai voulu immortaliser en photo et que je perds d’un coup comme emprisonnées dans une camera… une camera perdue dans une ville géante…
J’essaie de réfléchir… et mon optimisme eternel reprend le dessus. Je commence a raisonner, une fois la phase émotionnelle dépassée… Je décide, comme le petit poucet, de refaire le chemin que j’ai fait… en sens inverse, dans l’espoir de retrouver ma camera, mes secrets, mes confidences, mes soirées… mon passé.
Mais je suis vagabonde. Et je ne puis me rappeler exactement ou j’avais été. Je fais de mon mieux pour me souvenir et soudain… j’aperçois la ville me sourire. Elle se plaignit d’avoir été prise en photo sans autorisation préalable et d’avoir été surprise en plein crime, dans des situations qu’elle aurait préféré laisser secrètes. La ville me rendit ma camera. La ville me rendit mon histoire. Mais la ville me fit promettre de me plus jamais, jamais dévoiler la sienne. Je répondis par un sourire… un sourire qui voulait tout dire.

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