Malgré tout.

Un samedi soir… Une soirée spontanée pendant laquelle tous les plans tombent à l’eau pour laisser place à d’autres qui s’avèrent encore mieux.

Il fait beau à Londres. Et c’est déjà exceptionnel. D’abord les retrouvailles avec mes copines après nos vacances respectives. Ensuite des cocktails. Très bons. Aux fruits et à la glace. Assez d’alcool pour mettre de bonne humeur et pour donner le sentiment que le weekend dure cent ans.

On discute, on rit. Une conversation mène à une autre et je ne puis me souvenir exactement du fil d’idées qui nous a menés au sujet complexe des relations abusives. De ces femmes nombreuses, et d’hommes qui se retrouvent dans des relations déséquilibrées et abusives où l’équilibre fait défaut et l’abus constitue la règle du jeu.

Pourtant, si j’ose dire, on est joyeux et de bonne compagnie en général. Mais derrière les paillettes et les robes estivales qui laissent montrer des jambes nues et bronzées, de vraies identités corrompues par trop d’années d’études ne peuvent s’empêcher de parler sérieusement.

Chacun lance un mot, et on commence à réfléchir aux raisons qui poussent les gens à sombrer et nager dans ces relations malsaines qui poussent à la dépendance. Parce que l’abus, apparemment, comme la drogue, l’alcool, le chocolat et la cigarette, rend accro.

Cette réalité me sembla aberrante à premier abord. Je ne puis comprendre qu’on puisse s’installer dans une situation inconfortable. Et même plus, comment on pouvait accepter qu’elle commence au départ. Où serait la volonté ? La force de personnalité ? L’indépendance dans tout ca?

Les raisons en sont diverses. La peur de la liberté. De ne pas pouvoir survivre en tant qu’individu en société. La dépendance financière. La pression sociale dans certaines sociétés qui discriminent les femmes libres et libérées. L’habitude. La conviction que les choses se passent ainsi et que c’est la norme. L’amour. L’Amour.

Elles se retrouvent à pleurer. A être malheureuses. A se plaindre. A se jurer qu’elles vont faire leurs valises, partir, loin, là-bas, s’échapper du monstre, s’envoler, être enfin heureuses, recommencer une autre vie, faire de nouveaux amis, se changer la coupe de cheveux, le style, faire des études, se trouver un emploi, trouver une identité, tout oublier, voler, planer, danser.

Mais elles restent. Un mot gentil et tout est pardonné. Une caresse et les violences diverses sont envolées. Une promesse et les mensonges sont effacés. Un cadeau et la maltraitance n’a jamais existé.
Leur entourage leur donne des conseils. Les gouvernements créent des organes divers qui interviennent pour les sortir de leur état de détresse. Mais dès qu’on blâme le partenaire abusif, elles se retrouvent à le défendre de plus belle, comme un toxicomane en rechute. Comme un chat sort ses griffes. Comme un chat tout court.

Et ce phénomène écœurant, révoltant et triste me semble tout à coup familier… Car j’en ai vécu, une relation pareille, aussi. Mais dans mon cas, avec mon pays.

Un Liban qui n’offre aucune sécurité. Qui blesse et qui assassine famille et amis. Qui ne procure aucune sécurité financière. Qui nous chasse l’un après l’autre avec le fardeau énorme de la culpabilité. Qui nous trahit par des liaisons diverses. Avec les voisins en plus… Qui nous manipule et qui nous bouge comme des pions de table. Qui met nos enfants en péril. Qui joue avec nos sentiments. Qui est presque tout le temps violent. Qui manque à toutes ses responsabilités de protecteur.

Mais j’en suis dépendante. Dépendante et accro dans ma dépendance. Je le critique inlassablement et je me promets de partir à jamais. Vers de nouveaux horizons peut-être. Toujours là-bas où la Terre serait plus verte…

Et pourtant. Dès qu’on ose le critiquer… Dès qu’il est temps de passer à l’acte dans un mouvement ferme et irréversible… Dès que l’occasion de le pointer du doigt et de le déclarer coupable se présente… Je sors les griffes. Je me souviens de ses promesses… De ses gens. De ses rues encombrées. De ses plages. De son café… De son charme désordonné mais fou. De ses mouvements voluptueux. De ses formes généreuses. De ses fruits au goût réel. Et surtout… du sentiment de sécurité paradoxal qu’il procure.

Malgré tout.

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