This is a party

J’ai mis mon réveil à onze heures pour être à temps au cours de danse. C’est un cours de Zumba, danse latine ou africaine… je ne sais plus. J’y vais chaque samedi matin, même quand la nuit d’avant a été blanche, même quand la veille a été arrosée, même quand ma tête au réveil pèse une tonne. Pour rien au monde je ne serai pas au rendez-vous.

Les premières fois ont été difficiles. Parce que les mouvements agressifs, osés, brusques et intenses contredisent ma personnalité calme et réservée et mon corps lasse et paresseux.

Ceci dit, j’en suis vite devenue dépendante. La musique du tambour me fait battre le cœur, les mouvements sensuels me plaisent et l’énergie que l’on dégage me rend heureuse tout le weekend. Il ya aussi Marco. Le prof gay qui est devenu un très bon ami.

Tout a commencé par une erreur. J’étais censée être dans un cours de yoga. Mais bien sûr, je m’étais trompée de studio. Et il m’a fallu une bonne trentaine de minutes pour comprendre (jusqu’à ce moment, j’étais parfaitement convaincue qu’il s’agissait d’un genre de yoga que j’ignorais).

Marco avait commencé le cours par une affirmation qui me plut illico : « This is not a dance class. This is a party. »

Et chaque semaine, les cours ressemblaient effectivement aux soirées les plus folles. Jusqu’au jour où elle fit son entrée. Je l’aurais deviné, je l’aurais senti, je l’aurais juré sans même me retourner. Cette femme qui depuis quelques temps partage tes journées. Et comment me demander de me concentrer…

Mes yeux se fixèrent sur elle, mes jambes refusèrent de bouger et la voix de Marco qui criait pour que je réagisse ne pouvait me réveiller.

Ses cheveux soyeux et blonds sur son dos, son aptitude à retenir les pas en une fraction de seconde, ses jambes de deux mètres, ses yeux bleus, sa peau nette et bronzée… oui je l’ai détestée. Et pire que tout… j’étais sûre, de son attitude complètement détendue, qu’elle ne savait même pas qui j’étais.

Je l’ai imaginée partout. Dans ta cuisine, à siroter un thé dans les tasses que j’ai achetées, dans ton living, sur le canapé que j’ai moi-même tâché de vin, puis caché avec un coussin, sur ta terrasse que j’ai longtemps décorée et… dans ton lit traitre.

J’avais mille raisons pour la haïr, pour convaincre Marco de la renvoyer pour une raison quelconque… peut-être parce qu’elle danse trop bien.

Et je ne peux te décrire l’effort dont j’ai fait preuve pour la supporter, pour la voir, pour l’accepter, pour me convaincre que tu n’es pas un objet et que je n’ai pas le droit de te revendiquer.

Mais j’ai fini par l’aimer. Crime que je m’étais jurée ne pas commettre. C’est peut-être à cause de nos mouvements synchronisés. De nos rires partagés. De Marco. Du faux-cours de yoga. De notre amour du tambour. De sa gentillesse naturelle que j’ai fini par accepter. De notre défoulement dans la danse. De notre ponctualité commune les samedis matins. Et je t’avoue mon amour que je ne lui souhaite pas le même destin.

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