Libérale

À M.

Mes parents m’ont toujours semblés être les meilleurs. Quand j’étais enfant, à l’école, j’étais rongée par une peur irraisonnable et démesurée, celle de rentrer à la maison et de ne pas les trouver. Vite, vite, trop vite, je chassais l’idée de ma tête, de peur de n’avoir un pouvoir ignoré de transformer les pensées en réalité.

Je parlais, je parlais beaucoup. Je parle toujours autant. A déjeuner, je leur racontais tout, des habits de la maitresse au commentaire du plus nul de la classe. Je ne finissais jamais mes repas et j’agaçais mes frères, ma sœur et mes parents par mon bavardage exagéré.

J’appréciais surtout les trajets en voiture avec ma mère. Enfermée dans sa caisse, elle n’avait d’autre choix que de m’écouter.

Avec le recul, et l’âge, j’ai réalisé que derrière ce rôle qu’ils se devaient de prendre, ils restaient un homme, une femme, comme tous les autres, avec leurs peurs, leurs blessures, leurs efforts, leurs faiblesses, leurs ambitions, leurs rêves. Et je m’en voulus d’être souvent passée à coté.

Mais s’il y a une chose que je leur reconnais, c’est de nous avoir offert, dès notre plus tendre enfance, la liberté.

La liberté de jouer dans la boue, avec les chats et les souris. La liberté de marcher seul jusqu’au cinéma, quand nos voisins de notre âge devait se coucher à 18 heures. Pour nous, la soirée ne faisait que commencer. La liberté, plus tard, de faire les études de notre choix. J’ai choisi le Droit. Dans une famille qui a la bosse des sciences. La liberté, bien plus tard, de tomber amoureuse du garçon pour lequel mon cœur battait. Qu’il soit gentil, idiot, sale ou laid.

Et cette liberté, je n’ai pu m’en débarrasser.

Elle s’est surtout amplifiée quand seule dans une ville étrangère, j’ai pu l’expérimenter dans sa version plus poussée. Car même le regard des parents, alors, s’éloignait. Et de ma liberté, je me suis imprégnée. Je l’ai dévorée comme pour découvrir ses limites. Et surtout les miennes. Je l’ai vantée, je l’ai abusée, je l’ai chantée… et je l’ai même souvent pleurée. Quand seule dans une rue sombre, quand le froid me giflait, quand mon audace m’échappait et quand la solitude me gagnait, j’ai espéré, si profondément, être protégée.

Et pourtant… et pourtant, même si je l’ai, même si je l’ai toujours eue, j’ai réalisé pourquoi elle m’avait été octroyée. Cette arme dangereuse de laquelle il faut souvent se méfier. Cette prérogative immatérielle et hors de prix dont jouissent les puissants et dont rêvent des Etats, des individus… et des enfants. Ce droit naturel et inaliénable qui est au centre de pourparlers internationaux, de guerres, de révolutions. Oui, j’ai compris pourquoi mes parents nous ont toujours jugés dignes de cette bénédiction…

Je l’ai compris trop tard peut-être. Ou bien l’ai-je compris trop tot. Je l’ai compris et j’ai souris. Je l’ai compris et j’ai rougi. Mes parents savaient que sur des bases solides, sur des principes bien établis, la liberté ne pouvait pas nous nuire. Parce qu’elle avait encrée en elle, comme une contradiction, ses propres limites.

Oui, je suis libérale. Je suis aussi libérale qu’une femme libanaise célibataire habitant Londres puisse l’être. Parce que je choisis mes amis, j’habite seule, je danse, je crie, je bois… et je fais mes propres choix. J’aime les robes légères, les ballades nocturnes, les chaussures jaunes, la musique à tout moment de la journée, et de la nuit, les amours insensées, les débats osés, les obstacles, les ambitions trop ambitieuses et les défis. La vie. La vie. La vie.

Et lors d’un diner avec un homme qui me ressemble, un homme qui vient de mon pays, qui vit dans cette même ville et qui a dans les yeux les mêmes envies, je lui réponds que oui, j’aime Beyrouth. Mais que malheureusement je ne lui ressemble plus. Parce que je suis en effet, très libérale. Mais j’ai beaucoup de principes. Alors que Beyrouth est conservatrice. Mais n’a souvent plus, et malheureusement, de principes.

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6 responses to “Libérale

  1. libérale – qu'on donne un sens de "partisan du libéralisme en économie et en politique, du capitalisme", oui! remarque : libérale – n'est pas employé comme un terme qui désigne la liberté, la Liberté, OUI, mais si elle existe alors elle encadrée, surveillée, elle a un prix, lequel ? en réalité cette n'existe pas. on tente de donner des définitions, déterminer le lieu où cette excellent est née (Amérique, Europe), sans vraiment y parvenir, en tout cas c'est un concept étonnant qui a libéré des milliers d'enfants, hommes, femmes du sclavagisme et du servage. On peut juste dire qu'elle est basée sur la volonté de chacun de décider de son destin, de son bonheur, de son bien-être, tout en respectant, la liberté des autres – selon ma liberté s'arrête là où commence la liberté de l'autre, en pratique, cette limite est difficile à déterminer – c'est pour cette raison que les tribunaux sont encombrés et les magistrats en détresse. l'occident peut être très conservateur aussi, lent, enfermé dans ses valeurs et ses principes, dans sa machine administratif, dans ses procédures, son confort.Un conflit ailleurs, sème la peur et met en péril d'abord le confort des occidentaux. chaque pays peut construire la liberté qui lui convienne, calquée sur ses coutumes, ses usages, sa culture, son histoire, ses valeurs, ses principes et rendre les gens heureux – faut-il encore qu'il ait une volonté commune. Et le problème se situe à ce niveau. Nous ne laissons souvent impressionné par ce que les autres possède, cette illusion d'un monde meilleur que nous cherchons ailleurs, en analysant bien… il n'y a pas de liberté, il existe une condition sociale – qui peermet de sortir, s'amuser, acheter un vêtement dernier cri qu'on oubliera vite et qu'on achètera un autre, etc, . c'est l'argent qui confère alors cette "liberté" de cette liberté qui a comme corolaire l'égalité sociale – qui n'est pas absolue,oui, mais proportionnelle – basée sur l'équité et la différence, PS: Je salue la "juriste" qui hiberne en toi

  2. Je suis sure que tu es juriste.Et je suis d'accord avec tes definitions.:)Karen

  3. oui,entre juristes, tu peux aussi ne pas être d'accord, la contradiction et l'opposition, pousse la personnalité et le caractère à trouver des arguments qui donne naissance à des débats et des idées, c'est une manière aussi pour faire avancer les choses, Pleins Bisous, PS: j'ai envie de te pousser, là, où se trouve ta vraie vocation, et pour laquelle tu as du talent,tellement de gens ont besoin de ça !!!!!même si en soi c'est une chose difficile mais alors très riche et stimulante sur plan personnel et humain,

  4. "Liberté surveillée"c'est de l'humour inspiré de la réalité, nous sommes "libres" et "égaux" mais "surveillés" à tous les niveaux, http://www.theatredeparis.com/index.asp?id=26&idf=10

  5. http://videos.arte.tv/fr/videos/le_dessous_des_cartes-3741738.htmlnotion "Occident", tu peux continuer, désormais, continuer seule ton chemin vers la quête de "Liberté",tu as toutes les cartes entre tes mains, …un jour, une rencontre ailleurs, qui nous change la vie…, le moment venu, je prendrai contact avec toi, un projet, une association, faire évoluer le monde, contribuer au changement des mentalités, profiter de la philosophie pour se faire des raisons, forger la morale pour accepter les aléas de la vie, inspire-toi des "grands" qui ont fait avancer le monde et ont réussi à changer la "conscience" http://www.theatre-odeon.fr/fr/la_saison/present_compose_2010_11/en_mars_2011-p-1997.htmdes thèmes à découvrir, des berceaux de culture à fréquenter… que tu veuille ou non, dans la quête de liberté et de sens … on est bien parfois seul…, parfois, même très entouré on peut se sentir "seul", c'est la condition pour comprendre les choses, toutes les grandes personnalités sont passés par là, la passion a un prix, au titre de cette liberté, évite de sacrifier ton bonheur, tu sauras trouver ton chemin,cultive "ton jardin secret" et tu pourra cueillir la plus belle des récompenses, j'ai confiance!

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