Un bisou à ma mère

Cette année, les vacances de Pâques seront longues et bien festives. A Londres, en prenant 3 jours de congé, on arrive à lier deux longs weekends de quatre jours chacun. Parce que le weekend de Pâques est suivi par le mariage du Prince. Et ceci mérite bien évidemment un jour férié. Félicitations William et Kate. Et surtout merci ! Le résultat ? Onze jours à Beyrouth, bien sûr !

Ceci dit… La formule n’est pas aussi simple et joyeuse qu’elle ne le prétend. Parce qu’il y a deux obstacles à surmonter.

Le premier obstacle se situe au niveau du bureau. Il faut demander à temps à son boss (et fermement) d’être octroyé les 3 jours de congé qui lient les deux weekends. Il faut convaincre ses collègues, dont la plupart (tous au fait…) sont plus senior, qu’ils doivent rester pour couvrir mon absence et que moi, au fin fond de la hiérarchie, je mérite ce luxe. Je n’hésite pas une seconde à jouer le tour qui réussit à chaque fois à charmer mon public, faire couler des larmes et sortir les mots puissants, passionnés, touchants de mon attachement à ma terre, de ma séparation douloureuse de ma famille, de mon dépaysement à Londres. Et je pars dans un discours interminable, patriotique et déterminé, qui ne sera entrecoupé que par mon boss, qui, fatigué de mon manège, se résout à me laisser aller.

Heureuse de ma victoire, je m’en vais reposer mes fesses devant mon écran, et j’envoie quelques emails extatiques à mes copains qui, comme moi, planifient les fêtes grandioses. Je leur file quelques conseils qui marchent à tous les coups : ma cousine se marie (si l’on m’écoutait vraiment on aurait compris qu’elle n’a que 7 ans et qu’elle ne peut pas se marier 7 fois en un an…), mon frère termine l’université (en avril ?) et ma meilleure copine passe le barreau (So what ?).

Bref. Maintenant c’est fait. Je souris bêtement mais sagement pour ne pas irriter les prisonniers d’avril.

Inutile de préciser que les quelques heures qui suivent cette annonce sont légères, tête en l’air et très distraites. Mais des mots ici et là, dans les journaux locaux libanais que je lis en ligne et dans la presse internationale, me ramènent vite à la réalité. Et je me souviens du second obstacle, que ma conscience s’applique toujours à refouler.

Danger. Révolution. Acte d’accusation. Crise de régime. De grands mots qui sonnent forts mais qui ne sont en réalité qu’imprégnés de lâcheté.

La voix de mon père au téléphone sonne sereine et reposée. Il dit qu’il déjeune avec ma mère dans leur grande maison vide de leurs quatre enfants. Il me dit qu’il ya du falafel. Il ajoute qu’il est réconforté du fait que l’on vive tous à l’étranger.

Moi, ca ne me réconforte pas du tout. Parce que déjà, ils y sont. Et si le pays est vraiment en danger, je préfère être avec eux, là-bas, chez moi, que de regarder à travers mon écran de télé, un indice quelconque qui viendrait trancher l’incertitude. L’incertitude de l’existence d’un gouvernement, des répercussions de sa carence sur la paix, l’incertitude de la déclaration d’un acte d’accusation, l’incertitude si celui-ci finit par être publié.

Mon téléphone sonne et m’arrache à mes pensées. Mon ami, assez optimiste je trouve, qui achète déjà ses billets d’avion en ligne, me demande s’il prend BMI ou MEA, et si l’on y va le 22 Avril ou le 23.

Franchement, je ne peux qu’espérer que lors d’un repos d’intervalle entre une crise et une guerre, je pourrai aller faire un bisou à ma mère.

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