Si j’avais dormi quatre jours …

Si j’avais dormi quatre jours, je n’aurais pas compris pourquoi les rues de Beyrouth sont désertes, les rues du Caire enragées et la Tunisie métamorphosée. Je n’aurais pas compris pourquoi des jeunes syriens se chuchotent timidement des invitations à la révolte, et pourquoi la Jordanie décide de changer son premier ministre de la sorte. Je me serais cru encore dans le rêve, et j’aurai claqué des doigts pour qu’il s’achève. Un monde arabe qui jusque là flottait pacifiquement dans la corruption, soudain vomit sa soumission. Un peuple dont on a usé et abusé d’un coup refuse son injustice et prie Dieu pour qu’il le bénisse. Des peuples vivant jusque là dans la peur du plus grand, se montraient tolérant. Mais des jeunes téméraires sont prêts à la guerre. Parce qu’ils sont pauvres et au chômage, parce qu’ils sont misérables quelques soient leurs âges, parce qu’ils doivent se soumettre. A des dieux, à des maitres. Si j’avais dormi quatre jours, je n’aurais pas compris la logique du marché, et pourquoi les banquiers se montrent inquiets. J’aurais détesté manquer ce revirement, et ne pas vivre ces moments. Je n’aurais rien compris à ces actes de rebellions soudains, et pourquoi il y a soudain dans l’air une odeur de jasmin.

Je regarde des photos et des scènes et je me trouve partagée entre le bonheur que l’on ressent quand on goute à la liberté et l’appréhension de l’après. Partagée entre l’enthousiasme que doivent ressentir ces hommes, ces jeunes femmes, ces enfants et la douleur qui vient avec, la douleur du combat. J’écoute autour de moi mes amis européens qui avancent des principes beaux et louables, ceux de la démocratie, de l’égalité, de la justice. Je les écoute parler comme s’ils récitaient un manuel de sciences politiques ou de droit constitutionnel. Je les plains d’autant de naïveté. Parceque je ne puis m’empêcher de me rappeler, en refoulant presque cette idée qui vient me déranger, que pour que la liberté soit octroyée, il faut que le sujet sache, puisse et veuille décider.

Le monde arabe se révolte aujourd’hui. Il se lève. Il crie. Il y croit surement. Une comédie ne pourrait pas être passionnée. Se propage une odeur, une odeur de fleur, et comme un leurre, comme ca, sans préavis, sans agenda, éveille une douleur longtemps cachée et qui ne peut plus être supportée. Ce qui effraie, c’est l’incertitude face à celui qui vient remplacer le coupable. Sera-t-il choisi à la hâte, comme ca, par un acte réactionnaire et peu raisonnable ? Saura-t-il manipuler la foule comme l’on manipule une jeune fille vierge par des mots rêveurs et surtout… menteurs ? Profitera-t-il de sa faiblesse, de sa fatigue, de son cri SOS ?

Les pays arabes, ont-ils tous atteints la majorité au même instant, au même moment, par pure coïncidence ? Certains seraient-ils influencés par leurs voisins alors qu’ils ne peuvent se permettre de payer le prix de la liberté ?

Sont-ils aujourd’hui adultes, majeurs et vaccinés ? Ou n’est-ce qu’une crise d’adolescence ? Une crise que les parents font passer … En attendant que ca recommence.

©

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