Tant pis pour Canary Wharf

Ces quelques derniers jours méritent sans doute de figurer dans un des chapitres de ce livre imaginaire que ma mère appelle : « les épreuves de la vie ».

Cadeau de printemps, aliment criminel ou autre, j’ignore la raison qui a fait que mon corps entier réagisse en quelques secondes et me transforme en monstre. Je dis monstre parce qu’en me regardant dans le miroir, je vois Charlize Theron. Non, pas la Charlize glamour et sexy sur le tapis rouge. Mais la Charlize monstre dans Monster. Si vous n’avez pas vu le film, googlez le (non, ce n’est pas une erreur linguistique. Le verbe « to Google » existe maintenant dans le dictionnaire. Si, si… j’en suis sûre).

Bref. A part la catastrophe esthétique qui m’a profondément affectée (je suis un peu superficielle quand même), la véritable douleur s’est située au-delà de la peau et m’a permis de remettre les choses en perspective.

Souvent, dans une grande ville comme Londres, l’organisation s’impose. Parce que les minutes deviennent précieuses. Métro à 7h du matin, salle de gym à 20h, verre entre copines vendredi à 21h et ainsi de suite. Les rendez-vous s’installent dans le calendrier nous volant le plaisir de la spontanéité, des grasses matinées et des envies instantanées. Tout devient programmé comme pour que l’on puisse profiter au maximum de son temps.

Alors que c’est en le domptant tellement, que nous le perdons vraiment. Son temps.

Et dans cette organisation poussée des choses, on passe surtout à coté d’une réalité évidente. Celle d’être, malgré tout, humain. Parce qu’en donnant rendez-vous dans une semaine ou dans deux, on élimine du coup la possibilité qu’un évènement extérieur et imprévisible, « une force majeure » (comme dirait la juriste endormie en moi), viendrait bousculer l’ordre des choses et ajouter quelques péripéties dans sa vie.

Samedi matin, j’enfilai à la hâte un jeans et me dirigeai, encore dans le t-shirt qui me sert de pyjama- dans le premier taxi vers les urgences. Je résistais encore à cet acte de raison, détestant les hôpitaux et étant imprégnée de cette arrogance libanaise que rien ne peut m’arriver. Jusqu’au moment où j’ai détecté dans le regard noir de mon amie qui me fixait une peur presque tangible.

Malgré l’urgence du moment, je pris le soin d’emporter mes lunettes et mon chapeau, le déguisement ce jour-là s’imposant naturellement. Et là, j’aime à m’imaginer, comme pour me consoler de la douleur (et/ou de la laideur), Kate Moss sur les rues d’Angel déguisée pour ne pas se faire reconnaitre et pour éviter d’attirer la curiosité des passants.

(Sauf que j’étais Charlize… Encore).

Je passe le chapitre des médecins incompétents, des seringues qui restent ma seule phobie, de la ballade sous la pluie en pleine maladie pour absence de taxi, de ma mère au téléphone qui se sent impuissante mais qui ne comprends toujours pas que sa voix, seule, est mon unique force, des hôpitaux sales et tellement anglais, de la difficulté de faire les courses nécessaires quand on trouve à peine la force de trainer les pieds…

Je passe. Parce que si j’en parle c’est parce qu’il a fallu que je vive quelques jours difficiles pour que je me souvienne ce que Londres à tenté – en vain – de me faire oublier. J’en parle parce que même si j’ai souffert et que j’en souffre encore, j’ai surtout réalisé que l’on passe souvent à coté d’une bénédiction anodine mais des plus précieuses, celle d’être en bonne santé.

J’en parle parce qu’il a fallu que je vive ces moments pour me rappeler que quelque soit la cadence de sa vie, il faut toujours trouver du temps à accorder à ses amis et à sa famille. Parce que c’est à eux que l’on pense quand on a des bleus aux jambes et au coeur et quand on est heureux.

Et aussi… j’en parle parce que j’avais presque oublié que même fiévreux et lasse, il n’y a rien de plus délicieux que d’être octroyé, comme par le ciel, le cadeau de passer toute une semaine au lit à ne rien faire à part regarder two and half men à la télé.

Ce n’est pas tout. Oui, oui, ca devient encore mieux… Les oréos et toutes les bêtises du genre s’offrent et avec eux le Plaisir, oui le plaisir avec un grand P, celui qui se donne dans son acceptation la plus poussée, c’est-à-dire dénué de tout sentiment de culpabilité.

Tant pis pour Canary Wharf.
©

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3 responses to “Tant pis pour Canary Wharf

  1. la "métamorphose" passe par la compréhension du simple fait qu'on est un "humain" limité dans nos actes, faits et gestes par la force de la nature, clin d'œil à la juriste qui commence son réveil et son éveil vers l'éternité… . PS: parfois ça fait du bien d'être secouée par la réalité, bon résultat !!!

  2. J'ADORE TOUT SIMPLEMENT :)the BEE x

  3. Moi je t'adore mon abeille.

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