Chez soi

Quelque chose me réveille en pleine nuit. Une certaine angoisse que je cherche à identifier. Pourtant, j’ai sommeil. Et de ces heures paisibles, je devrais bien profiter. Je sors sur mon petit balcon espérant que le calme dehors et le noir de la ville m’aideraient à rassembler mes pensées et comprendre ce qui m’empêcher à me reposer.

Je comprends vite que partir de ce chez-moi que j’ai maintenant créé me plonge dans une inquiétude que je peine à maitriser. Parce que les murs, maintenant, me connaissent. Et mon lit, pourtant inconfortable et bavard, j’ai fini par l’aimer. Je m’accroche à toutes ces choses qui ont fait mes dernières années. Y compris les détails que j’ai détestés. C’est clair. Je suis mal faite. Puisque je semble ne pas savoir me détacher.

Si je dois quitter ce bout de vie que je me suis fait, par obligation et non pas par décision illuminée, je ne suis pas encore prête à quitter Richard le portier, le supermarché d’à coté, le coiffeur du coin, le boulanger qui me sourit chaque matin, le parc, ses écureuils et ses chiens, l’épicerie d’où j’achète mon pain, mon voisin bruyant qui rythme mes nuits et dont je devine chaque bruit, ma terrasse minuscule qui me berce quand je ne me sens pas bien et tous les souvenirs accumulés à travers les années qui reposent dans chaque coin… Tranquilles. Comme un volcan éteint. Prêt à ressurgir sans préavis, ces souvenirs qui me pincent parfois mais qui, parce que domptés, me font du bien.

Alors je décide de ne quitter mon espace qu’à moitié. A moitié, puisque je chercherai un autre chez-moi juste à coté.

Je commence à visiter les propriétés disponibles sur le marché. et je décide de fonder ma décision, comme toute celle que je prends dans la vie, sur les battements de mon cœur naïf et facilement épris.

Je réalise vite que mon choix est dénué de toute raison pourtant essentielle à ma décision. Parce que je cherche en observant les pièces diverses, une histoire, une promesse, une chanson.

Les pièces parfaites ne provoquent en moi aucun frisson. La moquette impeccable me laisse indifférente. Et les formes parfaites ne semblent pas suffisantes à mon abandon.

Je commence à désespérer et je décide de ne plus chercher pour la journée. Oui, je veux rentrer. Profiter des derniers instants dans ma chambre qui, elle, me comprend. Mais qui me pousser à avancer, pourtant.

J’accepte de voir, juste avant, un tout dernier appartement. La porte grinçante n’a rien de promettant. Les escaliers qui y mènent me font imaginer des jambes alourdies et des sacs encombrants. Je rentre dans la pièce, et mon cœur veut autrement.

Parce qu’il y a des endroits qui nous charment… sans que l’on sache comment. L’on s’y sent chez soi. Sans savoir pourquoi. La perfection y fait défaut. Et pourtant, je m’y vois déjà. Et j’aime presque les défauts. La cuisine me laisse imaginer du pain chaud et des gâteaux. La sérénité de l’endroit me promet, subtilement, un chapitre nouveau. Les fenêtres, grandes et imposantes, me garantissent une échappatoire nécessaire pour mon vagabondage quotidien et mes mots. Et surtout, une certaine familiarité, comme un déjà-vu que je ne saurais expliquer, me chuchote que j’y suis. Ca y est.

Choisir sa maison n’a rien à voir avec la raison. On aime. Ou l’on n’aime pas. Il ne sert à rien de chercher à savoir le comment, le pourquoi. Surtout quand on aime rêver. Comme moi. Le plus important reste de ne pas immédiatement dévoiler son affinité. Feindre l’indifférence malgré que l’on commence déjà à succomber. Il faut savoir se protéger.

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