Les jumelles

Pour observer toute chose, il faut prendre un peu de distance. Pour observer la lune, il faut se procurer un télescope. Il parait. Personnellement, je ne l’ai jamais essayé.

Pour regarder la télé, aussi. Il faut s’asseoir sur un canapé éloigné, avec à la main une tasse de thé (ou un whiskey).

Pour observer les gens, il faut acheter des jumelles. J’adorais faire cela quand j’étais enfant. Mon oncle en avait, des jumelles. Et je ne les lâchais jamais. L’illicité de l’action me plongeait dans les plus hystériques des éclats de rire et ma curiosité sautillait d’un objet a un autre comme dans un cirque.

Bien plus tard dans mes vingtaines, un ami sage dans ses soixantaines, me conseilla que dans la vie, il faut tenir les jumelles à l’ envers, si l’on veut supporter les gens. Je regrettai tout à coup, en acquiescant, tout le temps perdu quand j’étais enfant.

Les gens, les choses, les insectes, les paysages, les avions qui décollent, les oiseaux, les couchers du soleil, les matchs de foot, les enfants qui courent dans l’herbe, les arc-en-ciel… Tout s’apprend et se comprend quand on se pose un peu à l’ écart et silencieusement.

Mais comment se connaitre soi-même? Prisonnier de son corps quoique contraint à s’auto-apprivoiser… Je trouve la tâche ridicule et insensée.

Car dans ce cas de figure, la distance fait défaut.

Alors vous comprenez maintenant pourquoi tous les jours, dans la rue, dans la vie et dans mes mots, j’adopte un caractère nouveau.

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