Le front

Son premier fut sur la paume de la main. Rien de plus anodin. Et pourtant, je mentirais si je disais qu’il n’a pas provoqué en moi des désirs transcendant, et de loin, la légèreté de l’acte. Ses yeux, évasifs et errants, presque vides et je ne sais s’il faisait semblant, me rendirent dingue à cet instant, et je ne sus jamais si le film dans ma tête faisait partie du plan, ou si son baiser était totalement innocent.

Le second, j’avoue, que je l’ai exigé. Sur la veine bleutée du poignet. Parce que de Jeanne Moreau, à l’époque, j’étais obsédee. ‘’J’ai la mémoire qui flanche’’ était ma chanson préférée. Et pour l’aimer davantage, j’ai voulu pouvoir m’y identifier, c’est-a-dire la chanter en pensant à lui, ou à l’une de nos soirées. En voiture, je chantonnais ‘’tout entre nous, a commencé, par un très long baiser, sur la veine bleu-tée du poignet, un long baiser sans fin’’ … Je voulais faire en sorte que cette chanson devienne mienne, mais je ne pouvais oublier le fait que c’était une scène fausse, provoquée. Et ma mémoire, là, malheureusement, n’a pas su flancher.

Des baisers sur la bouche, y en a eu plein… Les premiers étaient magiques. Ses baisers sur le dos étaient… comment dire ? Féériques ? Bref.

Je pourrais écrire notre histoire en racontant nos baisers. Les baisers secs sur la joue, pour clore une conversation qu’il jugeait agaçante ou futile, ou même, tout simplement, finie, alors que pour moi, elle ne venait que de commencer. Les baisers sur les cheveux, quand je faisais une remarque que je pensais pertinente. Remarque qui en réalité ne réussissait qu’à lui arracher quelques sons bizarres sans cesse dérivés du rire sarcastique… et un bisou rapide sur ma chevelure sauvage. Comme pour dire, tu es gentille, un peu naïve, mignonne quand même. Je les détestais, ces baisers là.
Y en a eu plein de beaux, de magnifiques, de superbes…

Je ne me souviens plus exactement de chacun. Je me souviens vaguement de l’idée gardée des sentiments alors provoqués et des réactions, de bonheur ou de colère, qui de moi émanaient. Les hauts et les bas étaient délicieux, d’une façon paradoxale peut-être, mais qui fait tout le charme d’une relation.

Tout était beau. Tout. Sauf le dernier baiser. Celui qui a su dire, tendrement, tout ce que je voulais, mais craignait entendre, celui qui a su, avec élégance peut-être, lâcheté sûrement, avec douceur sans doute, avec peur surtout, servir du dernier point, du dernier paragraphe, de la dernière page, du dernier chapitre d’un roman que beaucoup n’auraient lu qu’à moitié.
Ce fut un baiser sur …

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