Noël à London

tumblr_lwolwnmZEW1r4cwbko1_500

Il y a des pays qu’on quitte à Noel. D’autres qu’on retrouve. J’ai passé tous les Noëls de ma vie à Beyrouth dans la maison de mes parents. Les invités étaient toujours les mêmes. Le décor, inchangé : la cheminée, la nappe rouge brodée de sapins verts, le sapin rouge et doré, la crèche préparée par ma sœur et ma mère et à laquelle je n’avais pas le droit de toucher de peur que je ne fasse tout tomber, les plantes de Noël, les ronds de serviettes en fer forgé, les perles de pluie en cristal éparpillées sur la table… Le menu aussi était le même, chaque année. Il consistait essentiellement de trésors gustatifs rassemblés par mon père lors de ses voyages et de plats traditionnels succulents préparés par ma mère. J’aurais pu être à Paris ou Londres ou dans un pays tiers quelconque, cela n’avait aucune importance. Il fallait être à la maison le  24 Décembre. Date sacrée. Pourtant, il y eut des obstacles. Souvent. Une tempête de neige retardant mon vol. Un collègue plus senior qui voulait lui aussi prendre des vacances à Noel et me refusait le congé. Un rhume atroce. Aucune importance. J’ai toujours, toujours, réussi à être au rendez-vous.

Londres, par contre, est une ville que l’on visite pour passer la dernière soirée de l’année, peut-être. Pas pour Noel. A moins d’être anglais et originaire de Londres. Tous mes amis s’en vont ce week-end retrouver leurs familles dans leurs pays respectifs. Le week-end du 22 Décembre. Dans les stations de métros, les gens trimballent valises, sacs surchargés, paquets emballés de papier synthétique rouge et vert. Les rues sont presque vides. Pourtant très décorées. Les employés de grande surface sont paresseux comme déjà en vacances dans leurs têtes. Et je pense à mon Beyrouth, beaucoup moins décoré, moins beau en cette période de fête, moins propre, moins festif… Mais certainement beaucoup plus aimé. Jamais quitté. Toujours retrouvé en fin d’année. Le rendez-vous est fixé, fixe, éternel, implicite, évident, logique.

Cette année et pour la première fois, j’ai décidé de rester à Londres. Décision contre-nature. Dans un nouveau chez-nous. Pour des raisons mixtes, tristes et heureuses à la fois. Un demi-sourire sur la bouche. Un goût sucré-amer sur la langue. Une nostalgie tempérée de fous rires indomptables provoqués par l’enthousiasme du nouveau. Une paix certaine occupant un espace que j’apprivoise en y introduisant des petits riens qui sont les miens. Et j’ai l’impression que tout le monde s’en va pour me laisser la ville toute entière à moi seule. Que cette fois-ci, j’aurai l’occasion de lui parler, sans le bruit des autres et sans leurs regards indiscrets. Que ce n’est que maintenant que Londres sera ma maison. Toutes les années d’avant ne comptent presque pas puisque je n’ai pas vu à quoi ressemblent les toits, comment respirent les arbres, ce qu’on entend, ce qu’on se dit, comment on s’habille, ce qu’on mange, ce qu’on sent, ce qu’on recoit, ce qu’on entend, où l’on prie, où l’on s’embrasse et quel vin on boit, à Londres, au réveillon. C’est en restant quand les autres quittent que je fais à la ville le cadeau de ma fidélité. Que je signe avec la ville un nouvel engagement, sinon né de l’amour, en tout cas d’un curieux hasard qui insiste à me ramener, inlassablement, et pour la troisième fois, à mon London à moi.

Advertisements

Leave a comment

Filed under Christmas, Family, Fathers, Food, Friends, Lebanon, Life, London, Love, Memories, Relationships

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s