Ponctuation

ImageJ’ai passé les trois dernières semaines à ponctuer un manuscrit. Le travail consiste à trouver la petite bête: la majuscule déplacée, la virgule en trop/moins, les guillemets qui se ferment oubliant un point d’exclamation furieux à l’extérieur !, le mot étranger non italisé, les points de suspension fâchés qui se séparent.  ..

La tâche me sembla d’un premier abord d’un facile ridicule et vint perturber des années d’études sérieuses qui se sentirent soudain comme superflues.

J’ai jugé trop vite, je crois. Ponctuer un texte est une très grande responsabilité. Parce que c’est en choisissant où placer les points, les virgules, que l’on décide quand le lecteur a le droit de respirer, penser, contempler, réfléchir, sourire, s’émouvoir. C’est en fermant une parenthèse qu’on a le pouvoir de considérer un sujet clos sans en discuter davantage. C’est en posant le tout dernier point que l’on déclare une histoire finie. Le récit incomplet trouve alors sa continuation dans l’imagination du récepteur, dans la vraie vie. Le texte se veut parfois – et reste – incomplet. A jamais. Exprès. Unfinished business.

Ponctuer un texte est d’une extrême difficulté. Parce qu’il faut pénétrer le cerveau de son auteur, comprendre son intention, sa logique, ses valeurs. Deviner quand il se pose, quand il crie, quand il récite un poème, quand il murmure un secret. Un nom commun, qui normalement débute par une minuscule (sauf en début de phrase bien sûr) pourrait commencer par une majuscule quand il s’agit d’un caractère important, récurrent dont on ignore le prénom. La ‘Dame’, nom commun, pourrait parfois exiger une majuscule quand l’auteur utilise le nom commun pour remplacer un nom propre.

Où mettre un point-virgule ? Le point-virgule est un signe de ponctuation si peu utilisé ! Pourtant très politique je trouve. Entre la virgule et le point. Hypocrite peut-être? Indécis; sûrement. Posé mais pressé. Entre les deux.

Ponctuer, c’est aussi faire de la musique. Décider la cadence, le rythme. Bousculer, courir, s’arrêter.

Et du manuscrit, je me surpris à penser à ma vie. A toutes les majuscules et aux minuscules erronées. Aux fausses priorités. Aux points de suspension très récurrents qui finissent par faire de ma vie un texte troué. Aux points d’interrogation qui se juxtaposent en faux français. Aux points finals décidés par d’autres. Aux parenthèses qui s’ouvrent sans se refermer. Qui oublient leur fermeture) à jamais. Aux deux points qui n’expliquent rien. Désormais, je ponctuerai moi-même mon destin. Maintenant, je sais. ..

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